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LE FOUOG / VEUVAGE

LE FOUOG

Dans le cadre de cette balade analytique que nous avions entreprise à travers le monde traditionnel et coutumier de Bangoulap, nous avons choisi comme il a été le cas pour le « Ndap » et la hiérarchie traditionnelle, de braquer nos projecteurs sur le système de veuvage pratiqué dans ce village, et communément appelé le « Fouog ».

Avant que de nous interroger sur l’importance ou la portée sociale du « Fouog », voyons tout d’abord comment se déroule cette cérémonie.

Qu’est-ce que le « Fouog » et comment se déroule t-elle ?

Le « Fouog » est une cérémonie rituelle de veuvage que le conjoint, ou le conjoint doit suivre à l’occasion du décès de son partenaire. Cependant, selon qu’on l’époux ou l’épouse, cette cérémonie pour avoir certaines modifications dans son déroulement ; ceci s’explique par le fait que dans le contexte socio-traditionnel Bangoulap, les femmes n’ont pas les mêmes droits et les mêmes devoirs que les hommes ; si l’homme peut avoir p^lusieurs femmes, la femme ne doit se contenter que d’un seul homme.. En somme, le « Fouog » que subit un veuf est de loin différents de cette dont suivent les veuves.
Quoiqu’il en soit, le veuf ou la veuve exécute ce rite à la demande de la belle famille.
Le cas le plus fréquent et sur lequel nous allons insister est celui que s’unissent les veuves ; en fait les veuves se trouvent beaucoup plus dans le devoir de pratiquer le « Fouog » que ne le sont les veufs.
Le lieu de la cérémonie se situe toujours près de la case de la première épouse et chacune d’elle habite une propriété à elle seule. Si par contre elles cohabitent sous un même toit, celui-ci est retenu. La cérémonie est dirigée par un couple (maîtres de cérémonie) choisi par la belle famille.

Ces maîtres de cérémonie servent d’intermédiaire entre les veuves qui subissent le « Fouog » et leur famille, cela signifie que personne ne peut venir les troubler sans passer par les maîtres de cérémonie.

Dès le début de la cérémonie, les veuves sont allongées, torses nues et dans l’ordre de leur entrée en mariage. Elles sont recouvertes de cendre et à la pointe de leurs pieds sont posés des paniers regorgeant des provisions de toute sorte. Mais, plus d’un lecteur se poserait sûrement les questions suivantes : quelles femmes doivent exécuteur ce « Fouog »à la mort de leur mari ? Que faire quand une ou plusieurs épouses ont rendu l’âme avant le décès de leur époux ? Quelles disposition prendre lorsque bien qu’étant vivante, une épouse refuse de prendre part au « Fouog » ensemble avec ses coépouses ? Nons en passant que les réponses à ces questions en vont de soit mais d’une manière générale, disons que n’exécute le « Fouog » que les femmes qui constituent le « Nkap » du défunt ; c'est-à-dire que celles pour lesquelles le défunt en fut le mari légitime ; cette précision permet d’exclure de la liste les femmes prises en concubinage, en seconde, troisième ou n ième noces.

Dans le cas où le « Fouog » se déroule après le décès d’une ou plusieurs épouses, celles-ci bien que mortes ne seront pas oubliées pendant la cérémonie. On posera leur panier en même temps que ceux des veuves vivantes), bien sûr en respectant l’ordre de leur entrée en mariage ; ces paniers mis à a place des morts auront tout de même un serviteur qui se chargera en fin de cérémonie de le transporter à la rivière.

Le problème se complique lorsque vivante, une veuve refuse de prendre part en compagnie de ses coépouses au « Fouog » de son défunt mari, pire encore, quand il s’agit de la première femme, peut être celles-ci peuvent renoncer soit pour n’avoir pas fait les enfants avec le défunt, soit pour se sentir coupable de sa mort, au quel cas elles seraient reconnues comme telles à la fin, de la cérémonie. Quoi qu’il en soit, la décision à prendre serait relative d’une famille à une autre. Généralement, on pourrait les remplacer par des panier et quoique la cérémonie n’aurait qu’un éclat partiel, celles qui seront engagées auraient remplies leur devoir coutumier pour elles-mêmes et pur leurs enfants.

Les femmes restées à l’écart ou plutôt ayant refusé d’y prendre part si elles possèdent légitiment des enfants avec leur défunt mari, devraient s’attendre plus tard à ce que les conséquences coutumières de leur refus s’abattent sur leurs enfants. Si par contre elles n’ont pas d’enfants avec le disparu qu’elles désistent à prendre part au « Fouog », les dangers viendront plutôt de leur belle famille qui les accusera d’être complice de la mort d’un des leurs.

Le « Fouog » a une durée relative et peut varier d’une demi-dizaine de jours à plus d’une semaine. Tout au long de cette période, les veuves allongées sur le sol ne mangent qu’une nourriture spécialement préparée pour elles. Cette cérémonie requiert de sacrifices matériels énormes :

Tout d’abord les veuves doivent cesser leurs activités (champêtres ou commerciales) avec tout ce que cela entraine comme baisse de la production c’est pourquoi les visiteurs doivent par souci de solidarité aider matériellement ou financièrement ces veuves. Cependant, il n’est pas question de jeter une pièce de monnaie dans un panier et oublier les autres, il faut refaire le même geste autant de fois qu’il y a de paniers ; même si le partage doit être inégal, il faut en donner à chacune.

La façon de saluer les veuves allongées est assez spéciale ; il suffit tout simplement de soulever légèrement des deux mains les pointes du pied de celles-ci et de les déposer doucement.

L’un des temps forts de cette cérémonie est le départ pour la rivière qui constitue l’avant dernière ligne droite. Les veuves qui ne portent qu’un pagne blanc, après plusieurs jours d’immobilité portent chacune sur sa tête son panier ; elles sont suivies de leurs serviteurs ; les paniers des femmes mortes sont transportés par ceux qui choisis par leurs familles respectives, ont tout le long de la cérémonie été considérés comme leurs serviteurs. Guidés par les maîtres de cérémonie, les femmes tout le long du parcours doivent exécuter un chat rituel ; leurs enfants qui les suivent prononcent incessamment un refrain de la chanson, dans lequel ils réclament à leurs mamans pour leur père.

Arrivée à la rivière, les enfants et tout le reste de la famille attendent sur les deux rives : Les maîtres de cérémonie descendent à l’eau avec les veuves ; le moment crucial arrive où chaque veuve, de la première à la dernière doit prononcer une parole rituelle et déposer par la suite son panier sur le courant d’eau ; le comportement de ce panier après qu’il soit posé à l’eau est assez significatif :
- Si le courant d’eau l’entraîne avec lui dans la direction normale, la veuve restitue sa pureté, son innocence.
- Si le panier remonte plutôt dans le sens contraire à l’eau ou plutôt s’il reste immobile sur le courant d’eau, alors la femme est coupable et aura à en rendre compte à la foule qui l’attend avec rancune sur les deux rives ; elle sera huée voir même abattue par les enfants et la famille du défunt pour avoir causé la mort de leur père ou de leur frère.

Après l’étape de la rivière s’amorce la troisième et dernière mi-temps de cette cérémonie ; la femme reconnue innocente reste toujours sous le joug de sa belle famille. Pour que la veuve se dispose de cette belle famille, il lui faudra commettre l’adultère avec un frère ou un proche de son défunt mari, après quoi elle pourra refaire sa vie sentimentale.

Importance ou portée sociale du « Fouog »

A l’heure où l’utilitarisme ou philosophie de l’intérêt guide de très près nos actions, nous ne saurions aborder le thème du « Fouog » sans nous demander de quoi il peut nous être encore utile.

En effet, le « Fouog » est une valeur coutumière qui certes exige des sacrifices et des exigences chez le veuf ou chez la veuve. Comme toute coutume, le non respect entraîne de graves conséquences : la malédiction qui s’abat sur les enfants.

Mais au-delà de ce visage négatif il transparaît dans le « Fouog » une autre façade cette fois-ci très positive :
- D’abord le « Fouog » permet aux couples ou aux familles polygamiques de leur vivant de vivre en parfaite harmonie. Cette cérémonie apparaît comme étant le procès d’une vie conjugale qui pèse sur tout conjoint ou sur toute conjointe comme  une espèce d’épée d’Amoclesque, au même titre que le mythe chrétien du jugement dernier. Ainsi, ne tue pas ton mari si tu ne voudrais pas en rendre compte pendant le « Fouog ». Cette formule illustre très bien cette mise en garde dont l’image du « Fouog » représente chez la femme aussitôt son entrée en mariage.
- Ensuite le « Fouog » impose la fidélité aux épouses, ce d’autant plus que selon nos coutumes, une femme qui triche du point de vue sexuel cause indirectement la mort de son mari. Ainsi, le cas survenant, elle aurait des comptes à rendre à la belle famille pendant le « Fouog ». Car son panier remontera dans le sens inverse à celui du courant d’eau ; elle sera abattue par la foule et en outre ses enfants seront maudits.

Pour conclure, laissons de côté le côté cruel du « Fouog » qui consisterait à un rappel des souffrances et des peines endurées tout au long de cette cérémonie, examinons ce sujet sous un angle positif ; l’épreuve du « Fouog » au même titre que le mythe chrétien du jugement dernier, en servant comme un avant-garde en milieu conjugal permet aux hommes de vivre en harmonie, d’être fidèles les uns envers les autres. Dans un contexte socio-temporel où ces qualités font défaut, nous n’avons qu’à réhabiliter cette valeur coutumière du « Fouog » qui nous sera un apport utile.

Source : http://www.bangoulap.net consulté le 1er Aout 2015 à 20H10.

 

 



01/08/2015
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